• Etre sourd.... est-ce vraiment un handicap ?

La communauté sourde refuse de manière quasi unanime le terme de "handicap". Mais pourquoi ? 

Dans notre société, ce mot est souvent péjoratif. On y associe la différence, une faiblesse, ou encore une anormalité. Cependant, la surdité relève d'un manque et non d'une maladie.

Si nous prenons pour exemple Gulliver (le héros du roman "les voyages de Gulliver" de Jonathan Swift) et les  Lilliputiens (qui mesure 15 cm de haut). Quand ils le regardent, ils voient un géant et Gulliver doit s'adapter pour essayer de communiquer et apprendre à vivre avec eux. Mais les Lilliputiens eux n'ont pas ce soucis. Ils partagent la même langue, la même culture... ils se ressemblent... même s'il faut tenir compte que chaque lilliputien reste "unique".

Etre sourd devient alors un "fait". Ce n’est pas subir un handicap, mais c’est tout simplement appartenir à une autre culture dans laquelle les signes se substituent à la parole vocale. Les sourds revendiquent l'identité sourde : ils appartiennent à une communauté qui à sa propre histoire, sa propre culture, sa propre langue qui est vivante...

Pourtant le regard qui est majoritairement encore porté aujourd'hui c'est celui d'une oreille qu'il faudrait si possible "réparer".  Un enfant qui naît sourd... pour :

  • une majorité de parents entendants cette nouvelle sera un terrible malheur... et la personne sourde gardera toujours la marque.

  • les médecins c'est un malade dont la déficience peut être mesurée et étiquetée voire réparée via un appareillage sophistiqué.

  • les orthophonistes, il est une parole à rééduquer.

  • les enseignants, il est un enfant en échec.

  • Plus tard pour différentes commissions administratives, ce sera un handicapé auquel on attribuera un barème et des allocations compensatrices.

 

La personne sourde est niée : elle est vue et jugée en fonction de sa déficience auditive. Son identité devient secondaire. 

Ce matin, j'avais un rendez-vous avec ma conseillère.​ Elle me demande "pourquoi" m'être formée à la langue des signes. Je lui ai expliqué que mes 3 filles ont rencontré des problèmes d'oreille avec le risque de devenir sourde, et que pour la petite dernière il y avait encore une "possibilité" qu'elle refasse (encore) une otite perforante avec donc le risque d’abîmer le tympan, de devenir sourde ou malentendante.

Sa réaction a été "vous devez avoir peur".  

"Peur ? de quoi ? je suis prête à être avec elle".

Elle m'a répondu "Mais pour elle voyons ! devenir sourd ce sera une catastrophe !"

"Je ne vois pas en quoi ce serait une "catastrophe" ? effectivement dans notre société, il y a beaucoup de choses à faire pour que les sourds puissent accéder aux mêmes services que les entendants, je vous rejoins là-dessus ce ne sera pas évident. Mais heureusement les choses bougent".

Elle m'a regardé en grimaçant, visiblement  nous ne partagions pas la même "vision". C'est ce regard que nous portons sur l'autre qui fait que nous nous sentons soit accepté soit rejeté.

Comme je l'ai indiqué, les mentalités changent. La Loi n 2005-102 du 11 février 2005 reconnaît la LSF comme « langue à part entière » et elle peut être présentée au baccalauréat depuis 2008. Cela bouge doucement, mais on avance dans le bon sens...

Pour conclure -si vous ne l'avez pas déjà visionnée ;-) - je vous invite à regarder la petite vidéo au début de l'article... et s'il vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager...

Je vous souhaite à tous et à toutes une belle journée !